Le processus économique mondial vit, sous nos yeux, une bifurcation majeure qui illustre, à merveille, la puissance des modèles issus de la physique de la complexité.
Primo : la macroéconomie mondiale est un processus et pas seulement un système. L’économie contemporaine n’est que le résultat d’un processus d’accumulation historique guidé par une logique caractéristique : celle du capitalisme libéral dont les rejetons majeurs sont l’industrialisation, la massification, la surconsommation, la marchandisation et la financiarisation généralisées.
Secundo : la macroéconomie mondiale vit, pour l’heure, une bifurcation c’est-à-dire un changement radical de logique appelé, aussi, mutation paradigmatique. Les fondements anciens du paradigme économique changent de nature avec, pour conséquence, de faire basculer les structures de l’activité humaine dans un nouveau cycle historique. J’avais appelé, ailleurs, ce basculement “la révolution noétique” (voir mon : “L’âge de la connaissance” chez MM2 éditions).
Tertio : une telle mutation paradigmatique n’est pas un fait unique, isolé, fortuit. Les historiens nous disent que de telle bifurcations ont déjà eu lieu, avec des ampleurs comparables. Sur des cycles très longs, on pourrait en retrouver l’équivalent avec la révolution néolithique qui fit basculer l’humanité du régime “chasseur-cueilleur” au régime “agriculteur-éleveur”. Sur les cycles longs (d’environ 500 ans – cfr. supra), la rupture actuelle ressemble beaucoup à celles correspondant à la fin des cités grecques sous la férule romaine, à la chute de cet empire romain sous la pression des Goths, à la mort du dernier carolingien avec le basculement dans la féodalité ou, dernière en date – et la plus économiquement pertinente pour nous -, celle de la fin de cette féodalité et de l’émergence de la modernité à l’époque de la Renaissance (15ème siècle).
Quarto : un paradigme économique se caractérise par la donnée de trois définitions : celle de son étalon de richesse, celle des promoteurs de cette richesse et celle du lieu central de richesse.
Ainsi l’ère féodale définissait l’hectare de terre comme unité de richesse, la noblesse guerrière comme promoteur de cette richesse agraire, et le château fort au milieu du fief comme lieu central des transactions économiques locales.
A la Renaissance, tout change. Les surplus agricoles engendrés par la révolution agraire des 12ème et 13ème siècles, doivent être écoulés ailleurs, sur les foires de Flandre et de Champagne. Une nouvelle économie naît : ce sera l’économie moderne.
Celle-ci redéfinit ses fondements : l’unité de richesse devient la monnaie (avec le droit régalien, fondateur de l’Etat moderne, de battre monnaie, et avec la naissance des banques sous la conduite des Lombards) ; les nouveaux promoteurs de la richesse forment la bourgeoisie marchande (aïeux des capitaines d’industrie du 19ème siècle et des capitalistes et financiers du 20ème siècle) ; et le nouveau lieu central de la richesse est, au cœur des villes, la place du marché, à l’ombre du beffroi, symbole du contre-pouvoir laïc et financier en face du clocher de l’ancien pouvoir ecclésial.
Quinto : nous vivons, aujourd’hui, une bifurcation du même type accélérée, elle aussi, par une révolution technologique : la révolution numérique qui explose en 1983 avec l’apparition des ordinateurs personnels et en 1989 avec la naissance d’Internet. L’unité de richesse devient l’octet, mesure de l’information et de la connaissance. Les promoteurs de la richesse deviennent les experts, les intelligents, les talentueux. Le lieu central de la richesse devient la “Toile” (le Web et Internet).Ce nouveau paradigme ne remplace pas l’ancien mais il s’y superpose (comme le paradigme bourgeois n’avait nullement éliminé le paradigme agraire, mais l’avait peu à peu marginalisé). Lire la suite »
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